Couleurs et lumière…
Chagall, Sima, Knoebel, Soulages...
Musée des Beaux-arts de Reims
communiqué de presse - septembre 2011, extrait :
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5e section. La lumière et la non-couleur : Pierre Soulages
Pierre Soulages a 12 ans et visite Conques avec son école : « J’étais
dans un tel état d’exaltation, je me suis dit qu’il n’y avait qu’une chose
importante dans la vie, c’est l’art. J’aime la peinture, je serai peintre. » De
cette rencontre naîtront les vitraux bien plus tard.
En 1948, l’artiste réalise des avant-courriers, modestes Goudrons sur
verre. Y domine l’effet accidentel, avec les bords brisés de la vitre ; on voit
comment l’artiste cherche l’opacité, avec des verres traités sur les deux
faces, avec un nappage de goudron. Ici, Soulages transgresse l’idée de
transparence traditionnellement associée à l’art du vitrail. Il n’y pense pas
encore.
En 1986, avec ses vitraux, il voudra restaurer la lumière dans l’église avec
son rythme, ses flux : pour honorer les nuances minérales des grès
rouges, orangés, violacés, des schistes bleutés des murs et de la toiture.
Soulages étudie l’emplacement des ouvertures et leurs irrégularités : bascôtés
nord, baies plus étroites ; bas-côtés sud, baies plus amples ; sur les
parois des deux transepts, le contraire. « Au fond, c’est le monument luimême
qui m’a poussé à faire ce que j’ai fait. »
Le défi tient à l’invention d’un verre, d’un matériau vivant et nuancé, à son
découpage et à sa mise en forme. Soulages parle de « qualité
émotionnelle ». Le vitrail translucide et non transparent génère une
lumière intérieure, dans la masse, et ne permet pas de pressentir
l’extérieur. C’est un choix. Bannir les couleurs : à l’abbé Suger, Soulages
préfère Bernard de Clairvaux ! Le regard ne traverse pas. Le vitrail ne
perfore pas le mur, mais le prolonge. Plus encore, l’artiste se pose en
interprète attentif du jeu de la lumière et de la pesanteur de l’architecture :
en d’autres termes, accompagner l’opacité des murs, la hauteur des
vaisseaux, l’obscurité qui règne à l’abbatiale.
De l’extérieur, le passant voit clairement un vitrail organisé en bandes
séparés par des plombs et des barlotières, mais ce verre incolore prend
vie selon l’exposition au soleil, plus roux, plus chaud ou selon l’imposition
de l’ombre du bleu ou bleu gris….Le vitrail prend la lumière du jour qui le
colore sur la surface. Soulages a saisi la résonance picturale de ces
vitraux avec les schistes et les pierres.
(cf Benoit Decron in catalogue de l’exposition)
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