Le Louvre : une revue de presse

  • L’Obs,n°2871, 14 au 20 novembre 2019. Soulages entre au Louvre. Bernard Géniès, p. 103
  • Le Monde, n°23288, 24 – 25 novembre 2019. Pierre Soulages « Dans ma centième année, j’ai toujours du plaisir à peindre », Béatrice Gurrey, pp. 26-27
  • Connaissance des arts, « Soulages a 100 ans », n°787, décembre 2019. Hommage à Soulages. Guy Boyer, pp. 54-61 [sur Internet]
  • Beaux-Arts magazine, n°426, décembre 2019. Un après-midi avec Pierre Soulages. Fabrice Bousteau, pp. 78-87
  • L’Œil, « Pierre Soulages, 100 ans le 24 décembre », n°729, décembre 2019. Lumineux gardien des ténèbres. Pierre Soulages. Anne-Cécile Sanchez, pp. 6-10
  • Vanity Fair, « Pierre Soulages, peintre centenaire au Louvre », n°75, décembre 2019 – janvier 2020, Portrait de l’artiste en jeune homme. Arnaud Laporte et Eric de Chassey. Portraits Harry Gruyaert. Reportage photo Anne Consigny. pp. 100-109
  • Le 1, hors série « Pierre Soulages », hiver 2019.Textes de Christian Bobin, Jochen Gerner, Alfred Pacquement, Lou Héliot, Claude Lévi-Strauss / Pierre Soulages, Fabienne Verdier, François Rouan, Maxence Collin. Photo de une, Richard Dumas.  
  • The Art Newspaper Édition Française, numéro 14, décembre 2019 [voir le PDF]

Pierre Soulages, un musée imaginaire

MUSÉE FENAILLE, Rodez
du 15 juin au 10 novembre 2019
 

Une plongée dans le musée imaginaire de Pierre Soulages à travers une cinquantaine d’œuvres et d’objets choisis dans les principales collections nationales : musée national de Préhistoire, musée de Cluny – musée national du Moyen Âge, musée du quai Branly – Jacques Chirac, Cité de l’architecture. »

Commissariat:
> Aurélien Pierre, directeur du musée Fenaille, directeur adjoint des musées de Rodez agglomération
> Benoît Decron, conservateur en chef du patrimoine, directeur des musées de Rodez agglomération

 

Gutai, l’espace et le temps

Musée Soulages, Rodez, exposition du 7 juillet au 4 novembre 2018. 

Commissariat : Yutaka Mino et Benoît Decron.

Scénographie : Olivier Arnaudo.

Photographies : Thierry Estadieu

 
 
 
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Thierry Estadieu

 

 

Extraits du catalogue

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Pierre Soulages, Vase Soulages, 2000. Décor noir de petit feu et or.
Hauteur : 66 cm. Diamètre : 34,5 cm.
Crédit : musée national de la céramique. Sèvres.
Dépôt du peintre au musée Soulages, Rodez.

JAPONISMES 2018. Message de l’Ambassadeur Kitera

pour l’exposition « Gutai, l’espace et le temps »

2018 marque le 16e anniversaire des relations diplomatiques entre le Japon et la France. Pour célébrer la longévité des liens entre nos deux pays, l’évènement de grande ampleur « Japonismes 2018 : les âmes en résonance » offrira au public toute la grâce et le raffinement de la culture japonaise traditionnelle et contemporaine à travers de nombreuses manifestations prévues entre juillet 2018 et  février 2019. Je suis ravi que le musée Soulages de Rodez participe à ces festivités en accueillant l’exposition  « Gutai, l’espace et le temps ». Par ailleurs, nous fêterons en 2019 le centenaire de la naissance de Pierre Soulages et, à cette occasion, le Musée départemental de Hyogo organisera en retour une rétrospective de cet artiste, témoignant de notre histoire d’amitié.

« Gutai » est un groupe d’artistes qui était très actif dans la ville de Kôbe, située dans !a région du Kansai. Cette région est la deuxième zone la plus peuplée de l’archipel et abrite d’anciennes capitales au Japon. Dans cette région historique, les artistes

« Gutai » ont déployé leur activité artistique des années 50 aux années 70. Révélé en France et au reste du monde par le critique d’art français Michel Tapié, ce collectif reste encore aujourd’hui relativement méconnu en Occident, où ses actions et ses créations sont pourtant considérées comme pionnières dans certains mouvements artistiques contemporains.

En tant qu’Ambassadeur du Japon en France, j’aime à dire que ce sont les Français, réputés pour leur histoire, leur art et leur spiritualité, qui comprennent le mieux la culture japonaise et inversement. C’était déjà le cas à l’époque du japonisme au XIXe siècle, lorsque l’engouement pour la culture japonaise donna naissance à de pures merveilles artistiques, témoins de l’ancienneté de cet amour réciproque qui constitue l’un des fondements des relations entre nos deux pays. Je suis certain que «  Japonismes 2018 », symbole de l’amitié et de la fraternité qui unissent nos deux peuples, représentera une source continue d’inspiration et d’innovation. Puisse cette exposition « Gutai, l’espace et le temps, en mettant en lumière l’art d’avant-garde japonais, favoriser la diversification et l’épanouissement de nos relations harmonieuses.

MASATO KITERA
Ambassadeur du Japon en France

 

D’encre et de pierre, le Japon de Soulages

MATTHIEU SÉGUÉLA

« La relation de Pierre Soulages au Japon est longue et féconde. En 1951, une première œuvre de l’artiste est présentée à Tôkyô. Depuis, toiles et gravures essaiment dans les expositions temporaires et les collections permanentes du pays. Elles scandent un rapport singulier de l’artiste au Japon, ce monde si lointain dont l’esthétique, à la fois si proche et si distincte, dialogue avec son œuvre. »

[…]

LA VOIE IMPÉRIALE

Le Praemium Imperiale, le « Nobel de l’Art japo­nais », est décerné à Pierre Soulages dans la catégorie peinture en 1992. Cette prestigieuse reconnaissance salue une contribution remarquable pour le dévelop­pement, la promotion et le progrès des arts27. Le prix lui est remis à Tôkyô où il a droit à la réception de 1’empereur Akihito. Huit ans plus tard. Soulages réalise un vase à la demande du Président de la Répu­blique française. Jacques Chirac, féru de Japon, sou­haite offrir un trophée pour le grand prix du sumô, sport qu’il affectionne. La renommée de Soulages dans l’archipel nippon est une des raisons du choix présidentiel28. Le vase est réalisé à la Manufacture nationale de Sèvres à partir d’une forme remaniée en porcelaine nouvelle. Pour le décor extérieur, Sou­lages choisit un dégradé allant du gris clair au noir, une couleur petit feu d’effet mat spécialement créée à sa demande. Les stries d’une profondeur inégale accentuent le relief ainsi que les jeux d’ombre et de lumière comme dans son œuvre picturale. Une ouverture circulaire réalisée dans le vase symbolise le disque solaire, emblème du Japon et laisse entre­voir une lumière venue de l’intérieur du vase recouvert de 400 grammes d’or pur. « Un vase, habituellement, c’est vide et sombre. Je voulais que le mien contienne de la lumière » précise l’auteur29 qui fait revivre involontairement la légende d’Amaterasu, la déesse du soleil sortant de sa caverne. L’œuvre est remise au président de la Nihon Sumô Kyôkai, asso­ciation nippone de sumô par le Président Chirac, en marge du tournoi de Nagoya, en juin 2000. Le choix de Soulages pour ce trophée a été judicieux. Sur le sport le plus ritualisé du Japon, l’artiste confiait en 1979 à Chieko Hasegawa : « Le sumo aussi est quelque chose de très fort : ce moment où les lutteurs jettent du sel, l’instant où, après le calme, il y a cette dynamique dans laquelle deux corps massifs se per­cutent… Je crois que dans tous les arts, on recherche toujours cet équilibre entre le calme et le mouve­ment30. » Un aperçu de la pratique de Soulages assortie d’un savoir être qu’il aurait pu emprunter au jeu des acteurs du théâtre qui le fascinent : « leur façon d’utiliser le temps, le lent déplacement de leurs corps, le traitement qu’ils réservent à l’espace. » Un temps et un espace que Soulages est « un des très rares artistes à comprendre et à maîtriser31 » dans sa peinture selon Dômoto et Takashina. Un temps que son œuvre traverse. Un espace que son œuvre parcourt sans fin, engendrant des lectures oniriques. Ainsi celle de l’écrivain Erik Orsenna parlant d’un Soulages qui ornait son bureau élyséen et lui apportait la sérénité : « il me semble que ce tableau m’a ouvert l’une des portes du Japon32 » écrit-il. Lectures parfois initiatiques pour un nouveau public japonais confronté à de récents Outrenoir exposés à la galerie d’Emmanuel Perrotin à Tôkyô en 2017. Là même où l’artiste Takashi Murakami est venu admirer les œuvres de son grand aîné.

Soulages, au prisme du Japon, c’est une rencontre sans cesse renouvelée. Là comme sous d’autres latitudes. Face aux interprétations diverses, l’artiste fidèle à sa philosophie sur la liberté du regardeur ne varie pas depuis les premiers jours : « Ma peinture est un espace de questionnement où les sens qu’on lui prête peuvent se faire et se défaire. Parce qu’au bout du compte, l’œuvre vit du regard qu’on lui porte. Elle ne se limite ni à ce qu’elle est, ni à celui qui l’a ­produite, elle est faite aussi de celui qui la regarde. Je ne demande rien au spectateur, je lui propose une peinture : il en est le libre et nécessaire interprète33. »

 

 

27. Le réalisateur Akira Kuro­sawa reçoit le prix la même année en tant que cinéaste.

28. MM. Maurice Gourdault-Montagne, ambassadeur de France au Japon et Thierry Dana, conseiller diplomatique à l’Elysée ont respectivement ini­tié et accompagné le processus de décision concernant le vase. Entretiens avec l’auteur, 2017.

29. Entretien avec l’auteur, 2017.

30. Chieko Hasegawa, « Entretien avec Pierre Soulages », op.cit., p. 223.

31. Pierre Soulages, Shûji Takashina, Hisao Dômoto, op.cit.

32. Eric Orsenna, « C’est de l’ombre qu’il faut faire l’éloge », Le Monde, 27 octobre 2009. L’écrivain était conseiller du Président François Mitterand.

33. Pierre Soulages, Écrits et Propos.Textes recueillis par Jean-Michel Le Lannou, Paris, Hermann Editeur, 2009, 255 p.

« Ce n’est que moi ». En compagnie de Pierrette Bloch

 

exposition à la Maison des Arts de Bages (Aude)

du 30 juin au 2 septembre 2018

Catalogue, éditions In extenso, 31310 Canens

 

« Ce n’est que moi »
En compagnie de Pierrette Bloch

Disparue en 2017, Pierrette Bloch a laissé dans son atelier des papiers préparés en vue d’être peints. Cinq artistes dont elle était proche – Pierre Buraglio, Philippe Favier, Alain Lambilliotte, Jean-Michel Meurice et Claude Viallat – lui rendent hommage en créant des œuvres originales sur ces supports. Pierre Soulages, l’ami de toujours, livre ses souvenirs sur celle avec qui il partageait la passion du noir.

Les œuvres comme les textes des artistes témoignent de l’importance qu’avait Pierrette Bloch dans le monde de l’art et de la singularité du chemin qu’elle a tracé sans concession.

 

Pierrette Bloch en compagnie de Pierre Soulages
L’amie peintre

En 1949, un matin, le peintre Henri Goetz m’a demandé de le recevoir avec trois de ses étudiants : un garçon et deux filles. J’ai bien sûr accepté et le jour même, en fin de matinée, les ai accueillis à mon atelier, rue Schoelcher. Très intimidés, ils n’osaient me poser de questions. Alors, de mon côté, je décidai de les interroger : “ Quelles sont les peintures actuelles qui vous intéressent ? “ leur demandai-je. Aussitôt Goetz intervint : “ Mais c’est ta peinture qu’ils préfèrent à toutes, c’est pourquoi je les ai conduits ici. “ Plutôt gêné par cette déclaration, j’insiste : ” Mais à part ça, quoi d’autre ? ” Une des étudiantes osa enfin me dire ce qu’elle avait vu la veille dans une galerie de la rue de Beaune, une toile d’un peintre inconnu d’elle et qui l’avait frappée – peinture qu’elle nous décrivit avec précision tout en spécifiant qu’elle était accrochée à gauche en entrant dans la galerie. Nous fûmes surpris et amusés : cette toile était de moi ! Et lorsqu’ils quittèrent l’atelier, je leur proposai de les revoir s’ils étaient intéressés par ce que je pourrais dire de leur travail. Une seule, Pierrette, est venue, et revenue souvent.

Une amitié a commencé à naître. Je suis pourtant resté longtemps sans rien voir de ce qu’elle faisait. Je me rappelle surtout qu’elle se plaignait de ne pas avoir d’atelier, vivant encore chez ses parents, square de La Tour-Maubourg. Or nous avions en haut de l’immeuble une chambre inoccupée et j’ai proposé à Pierrette de venir y travailler, si elle le souhaitait.

À nos rencontres devenues fréquentes se sont ajoutés des voyages que nous avons faits ensemble, d’Istanbul à Iguazú en passant par Saint-Pétersbourg. Le premier d’entre eux, imaginé par Pierrette dans ces années-là, fut une expédition en Traction Avant pour Conques, avec son amie Mila Gagarine. Je garde un souvenir vif de ce voyage. Même si je voyais l’abbatiale d’un œil moins analytique qu’aujourd’hui, leur faire découvrir Conques m’a aidé à prendre conscience de ce qui avait pu me toucher, enfant, dans ce lieu – et me toucher au point de décider de ma vie d’artiste.

Autour de 1954, Pierrette s’est installée rue Antoine-Chantin, où elle disposait enfin de l’atelier de ses rêves. Nous étions alors, Colette et moi-même, devenus très proches d’elle – ce que nous n’avons jamais cessé d’être, jusqu’à sa disparition. On se voyait toutes les semaines et si Pierrette parlait peu, elle écoutait beaucoup, en faisant parfois, presque en s’excusant, une remarque incisive et souvent drôle. Elle était secrète, l’est toujours restée, mais pourtant confiait parfois, à Colette ou à moi, des aspects de sa vie qui devaient rester secrets. Forte à sa manière, aimant la vie, intrépide, et fidèle à ses amis comme à ses goûts et à ses engagements, toujours.

Pierrette a cherché par tous les moyens à échapper à ce qui pouvait l’influencer. Et c’est ce cheminement obstiné qui lui a permis de rencontrer les formes d’art qui lui correspondaient profondément, que ce soit dans les techniques classiques ou dans ses inventions les plus originales – au premier rang desquelles les lignes de crin, dont elle aimait le côté graphique, mais qui dépassaient les possibilités du papier pour devenir des sculptures d’un type inconnu. Nous avons également partagé la passion du noir, utilisé chez elle d’une façon indissociable du blanc, créant dans le papier des contrastes d’une très grande force, qui donnent au blanc une variété d’éclat sans équivalent. Dans ses dessins comme dans ses fils de crin, m’apparaît spécialement important le fait d’aboutir à une forme de continuité, de durée, avec le rapport particulier au temps qu’engendrent de telles œuvres. Il y a de l’audace dans un travail aussi élémentaire et il y a de l’audace à l’avoir poursuivi vers quelque chose que je trouve toujours plus personnel, toujours plus singulier. Si certains l’ont dite tentée par l’effacement, je vois pour ma part, dans son évolution, une intensification de son art.

De tous les peintres qui m’ont été contemporains, au-delà de l’amitié, elle est la seule dont les choix majeurs, ces choix éthiques inséparables d’une esthétique, ont été véritablement proches des miens. Sa conception de l’œuvre d’art est parente de la mienne : ni image, ni langage, sans message indirect adressé par le biais d’un titre. Avec une détermination entière et sans relâche, Pierrette Bloch a toute sa vie ouvert un chemin unique dont l’originalité et la force s’imposent maintenant à tous.

Sète, le 13 février 2018

Le Bleu de l’Œil

Du 25 avril au 27 septembre 2015, le musée Soulages présente l’exposition Claude Lévêque Le Bleu de l’Oeil. Pour cette troisième exposition temporaire Benoît Decron, directeur et conservateur en chef des musées du Grand Rodez, a invité l’artiste majeur de la scène artistique française et internationale à imaginer une installation pour le musée Soulages.

L’installation se prolonge dans la ville de Rodez jusqu’au musée Fenaille avec un parcours ponctué par une vitrine de magasin abritant deux phrases de néon.

À travers une scénographie unique, Claude Lévêque invite le visiteur à se confronter à sa propre histoire. La proposition dans la salle des expositions temporaires du Musée Soulages renvoie à d’autres dispositifs in situ comme Le Grand Sommeil (Mac/Val, 2006), Le Rodeur (Palais Farnese, Rome, 2006), The Diamond Sea (CRAC de Sète, 2010) ou Sous le plus grand chapiteau du monde (Musée du Louvre, 2015).

Pour Le Bleu de l’œil au musée Soulages, le visiteur se déplace dans une clarté nocturne sous le ciel ou sous l’océan. Entouré d’ondulations bleutées, son pas s’enlise. Une déambulation dans un espace éthéré à la fois liquide et aérien, parcourue de vibrations qui perturbent la perception sensorielle du lieu. L’installation du musée Soulages révèle comme une fiction à la fois majestueuse, romantique et mystérieuse. Artiste sans concessions, Claude Lévêque isole le regardeur dans sa construction, une clairière éclairée çà et là d’éclairs de chaleur.

Le Châtiment au musée Fenaille

Le musée Soulages sera le point de départ d’un parcours qui ira du musée Soulages au musée Fenaille, écrin d’art et d’histoire, avec un dispositif lumineux intitulé Le Châtiment. L’installation placée au centre du musée, tient en une interminable branche de bois, torse et desséchée, dressée sous le ciel de la verrière obscurcie. Cette sculpture conjugue le hasard de la collecte, un bois flotté aux formes fantastiques, et son tressement de néon rouge. Un signe, une écriture.

« Une manière de décaper visuellement un dispositif qui sied habituellement aux musées de sculpture, ce « syndrome d’Orsay », déclare Benoît Decron.

Parcours dans la ville de Rodez

Deux phrases de néon seront positionnées dans la vitrine d’un ancien commerce de la ville de Rodez pour ourler et ponctuer le parcours d’un site à l’autre. Ces phrases ont une graphie fracturée, avec l’autorité d’un sens lapidaire, sans issue.

Ces manifestations complémentaires composeront ce que le musée imagine avec l’auteur comme un punctum monographique, également un parcours initiatique.