Soulages au Salon Carré du Louvre

15 octobre 2009 > 18 janvier 2010
Peinture, 300 x 235 cm, 9 juillet 2000 et la bataille de San Romano de Paolo Ucello © 2009 Musée du Louvre, Antoine Mongodin

 

Dans le Carré du Musée du Louvre se trouvent la Maesta de Cimabue, une des toiles préférées de P. Soulages, Giotto, Fra Angelico et La bataille de San Romano de Paolo Ucello. C’est à côté de celle-ci qu'était acrochée Peinture, 300 x 235 cm, 9 juillet 2000.

J’ai choisi le salon Carré parce qu’il réunit des tableaux représentant un grand moment dans l’évolution de la peinture occidentale : il y a encore quelque chose de Byzance, et c’est déjà l’espace tridimensionnel. C’est un moment de l’histoire des rapports que la peinture a avec l’espace, ce qui est pour moi important.
L’endroit de mon tableau sur le mur, c’est d’abord parce que je cherchais une place face aux fenêtres pour la peinture que j’ai choisi d’exposer, qui réunit deux lumières différentes sur une même toile : elle est divisée en deux parties, l’une utilisant la lumière venant du contraste noir/blanc et l’autre la lumière venant de sa réflexion par le noir, ce que j’appelle l’outrenoir. Il se trouve que c’est à côté d’un tableau que je trouve admirable, que j’ai toujours aimé, La bataille de San Romano de Paolo Ucello. J’ai accepté cette proximité parce que je pense qu’il n’y a pas de confrontation possible entre cette toile et la mienne, qui sont deux choses fondamentalement différentes. Ce sont deux œuvres tellement éloignées qu’elles ne se rencontrent pas. On pourrait dire en plaisantant qu’elles ne dialoguent pas parce que l’une est sourde (celle d’Ucello) et l’autre muette (la mienne)... Avec La bataille de San Romano on a une peinture qui renvoie à autre chose que ce qu’elle est : un événement particulier, d’une manière d’ailleurs qui n’est pas réaliste avec ce ciel noir, ce temps d’arrêt dans la bataille. Tandis que ma peinture ne renvoie qu’à elle-même : ce qui se passe a lieu entre le regardeur et la toile, sans intervention d’une réalité extérieure. D’où l’étanchéité entre les deux tableaux.
Dans le Salon Carré il y a aussi la Maesta de Cimabue, que je place dans mon cœur encore au-dessus de la toile d’Ucello. J’y suis resté très attaché, depuis toujours. Et je me suis aperçu récemment que je n’avais pas vu autrefois les fonds d’or de Cimabue comme je les regarde maintenant, après mon expérience de la peinture outrenoire. Dans l’outrenoir, c’est la lumière réfléchie par le noir qui crée un espace devant la toile, et cela d’une manière très concrète, très réelle. Dans la Maesta l’or joue un peu le même rôle, c’est de la lumière qui vient de la toile vers celui qui la regarde – mais, bien entendu, l’espace byzantin n’a rien à voir avec celui de ma peinture. Donc, on ne peut pas parler de parallélisme là non plus.

 

Musée du Louvre
Palais du Louvre
Paris 75001
choix
Aller à la barre d’outils