Peinture 65 x 92 cm, 10 novembre 1952

Peinture à l’huile sur toile

 

Peinture 65 x 92 cm, 10 novembre 1952 est caractéristique des magistrales orchestrations de couleurs de Soulages. Largement connu pour ses abstractions monochromes saisissantes composées d’épais traits noirs se détachant sur des arrière-plans lumineux, Soulages exploite sans relâche le pouvoir du noir en tant que vecteur de lumière et de profondeur chromatique, en l’utilisant comme élément formel principal de ses compositions. Dégageant brillance et solennité, transparence et opacité, texture et forme, l’intensité dramatique de la danse entre la lumière et l’obscurité dans Peinture 65 x 92 cm, 10 novembre 1952 évoque un effet de clair-obscur profond et rappelle l’attirance de Soulages depuis son plus jeune âge pour les oeuvres de Claude Gellée et Rembrandt, dont le rendu magistral de la lumière impacte significativement son travail.
Les compositions magistralement abstraites et presque architecturales de Soulages, qui rappellent les rayons de lumière filtrant à travers les fenêtres de sombres églises, présentent des scènes aux déploiements chromatiques complexes, qui génèrent des expériences visuelles absorbantes et bénéficient d’une aura distinctement céleste. Une des premières influences de Soulages fut la vue de la silhouette d’un arbre aux branches nues contre le ciel glacé. L’artiste raconta dans une interview : « Fut-ce mon amour du noir qui inspira ma fascination d’enfant pour les arbres nus ? Ou étais-ce le contraire ? Ais-je commencé à aimer le noir à cause des arbres sans feuilles en hiver ; à cause de la manière dont les troncs et les branches se détachent sur le ciel ou la neige, les rendant plus brillants par contraste… »


L’artiste n’a cependant en aucun cas l’intention de rendre ses oeuvres représentatives ou référentielles. Ses formes purement géométriques et architecturales ne renvoient ni à un signe ni à un symbole mais sont une simple tentative de présenter le phénomène de vision. Soulage lui-même affirme « je ne dépeins pas, je peins, je ne représente pas, je présente. » Son geste précis et ses puissantes diagonales de traits noirs se chevauchent et s’entrecroisent avec une présence dominante et une tension dynamique. Ils constituent une forme pure et une composition qui parle d’elle-même, animée et irradiée par l’absence de signifiants. « J’ai fait des combinaisons de lignes qui ont frappé l’oeil du spectateur comme une grande forme », dit-il. « Un jour j’ai réalisé que les dessins que je faisais rappelaient des caractères chinois. » Bien que le dynamisme saisissant de son travail rende tentante la comparaison avec l’oeuvre de Franz Kline ou d’autres géants de l’Expressionisme abstrait, Soulages rejette ouvertement une telle association et classification. Contrairement à beaucoup d’artistes de l’Expressionisme abstrait de son temps, Soulages s’est efforcé de maintenir une harmonie architectonique
plutôt que la fugacité gestuelle. Souvent il dissimule les traces de son pinceau afin de mettre au premier plan la forme, la composition, la couleur et la lumière. D’après les mots de James Johnson Sweeney, Soulages cherche à « supprimer la trace de mouvement de la ligne » et c’est pourquoi une peinture de Soulages n’est pas une mélodie mais « un accord joué au piano et tenu ».

A la fin des années cinquante, Soulages a acquis une reconnaissance internationale. Les oeuvres de cette décennie fondatrice, qui s’ouvre avec sa participation à la 26ème Biennale de Venise en 1952 et est le théâtre de sa réception au Guggenheim à New York en 1953 puis 1959, sont les plus désirables de la carrière de l’artiste. Les années cinquante marquent aussi un développement important de la technique de Soulages : afin de s’adapter au format de plus en plus vaste de ses toiles, Soulages utilise de grands pinceaux d’ouvrier qui lui permettent d’effectuer des badigeons autoritaires et d’appliquer de grandes étendues de couleur dont la matérialité imposante invoque une contemplation intense et invite à une réflexion méditative. Dans un essai dédié au peintre, Henri Meschonic écrit que le travail de Soulages ne contient « ni signe ni chose, mais plutôt répond avec le monde. »


Catalogue raisonné n°112
Autre image
Peinture-65-x-92-cm,-10-novembre-1952-cat-112-verso
Aller à la barre d’outils